Bien que la recherche d’un médicament pour traiter la maladie d’Alzheimer se poursuive depuis de nombreuses années dans le monde entier, la maladie ne peut être à ce jour ni gué-rie, ni ralentie. À l’heure actuelle, plus d’une centaine de substances actives différentes font l’objet d’essais cliniques. Le lecanemab en fait partie ; il est développé par le laboratoire pharmaceutique japonais Eisai en collaboration avec son partenaire américain Biogen. Connu sous le nom commercial Leqembi, il est notamment déjà autorisé aux États-Unis, au Japon et en Grande-Bretagne. L’UE l’a autorisé le 15 avril 2025. Le médicament est fabri-qué à Luterbach (SO), sur le site de production de Biogen. 

Après que la Commission européenne a autorisé l’anticorps en avril 2025 sous des conditions strictes et qu’il est utilisé depuis septembre en Allemagne et en Autriche, l’Institut für Qualität und Wirtschaftlichkeit im Gesundheitswesen IQWiG (littéralement Institut pour la qualité et l’efficacité dans la santé) conclut à l’absence de bénéfice supplémentaire. Cette évaluation repose sur une comparaison avec le traitements standards actuels, à savoir les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase. L’IQWiG estime qu’il n’y a aucune preuve scientifique absolue d’un bénéfice supplémentaire, no-tamment par rapport aux thérapies standards en monothérapie (c’est-à-dire en tant que traitement ayant recours à un seul médicament). Cette évaluation engendre une certaine incertitude, le leca-nemab étant considéré comme le premier principe actif intervenant de manière ciblée dans le pro-cessus évolutif de la maladie d’Alzheimer. Les médecins traitants contredisent clairement cette éva-luation. Ils jugent la procédure de l’IQWiG formellement correcte, mais éloignée de la pratique. Ils et elles se réfèrent à des données internationales à long terme qui montrent un ralentissement mesu-rable du déclin cognitif sur plusieurs années, et donc une amélioration significative de la qualité de vie. Il ressort clairement de l’article que l’évaluation formelle des bénéfices et l’expérience clinique aboutissent actuellement à des conclusions différentes. Alors que le lecanemab est déjà utilisé dans certaines régions d’Europe, l’anticorps produit en Suisse aurait été soumis à des conditions d’autorisation nettement plus restrictives dans notre pays, ce qui a conduit la société pharmaceu-tique Eisai à retirer sa demande d’autorisation début février 2026. Comme le souligne Alzheimer Suisse, cette décision signifie que les personnes atteintes d’un Alzheimer au stade initial ne peuvent pour l’instant pas bénéficier de ce traitement. Il s’agit d’une situation inédite et unique, car les de-mandes d’autorisation se fondent sur les mêmes données que celles issues de l’étude Clarity-AD et ont été approuvées dans d’autres pays. La longue durée de l’examen par Swissmedic et par les autorités étrangères montre toutefois à quel point cette décision était complexe.

Situation en mars 2026